
Chère Brigitte
Moi qui suis ton aînée de quelques mois, je t'ouvre la porte de nos 70 ans. On n’y est pas si mal surtout quand on a gardé un bon physique comme le tien, une santé qui te permet de voyager, une humeur dynamique, et une élégance toute féminine.
Chaque Noël, je pense à toi car en sortant mes petits santons, je te revois modelant si habilement, avec ton pouce si particulier, la petite Vierge de ma crèche, j'ai toujours pensé que tu étais très douée pour la Sculpture. Ces santons, nous les avions faits ensemble à Condé, au cours d'un séjour où tu as connu mon père, ma sœur aînée, mes frères et notre bonne Cécile qui te faisait un peu peur. Ta maman était une très bonne pédagogue, et elle savait proposer à ses enfants des activités artistiques - ce qui n'était pas du tout fréquent à notre époque après guerre. C'est au cours d'un séjour à Duisans que j'ai appris à «faire des plâtres», c'est à dire des sortes d'icônes en dur et en relief, peintes et vernies. Elles avaient l'allure de céramiques et on s'inspirait le plus souvent d'images de saints. Moi qui m'ennuyais souvent en vacances, j'ai donc découvert ces activités artistiques grâce à toi et à ta maman. A l'époque, dans une petite ville, on ne trouvait rien pour s'épanouir dans ces domaines.
Je me souviens avec délices de mes séjours à Duisans où j'ai découvert ce qu'était la campagne, le lait qu'on allait chercher ; ta maman avait l'amour des fleurs, des myosotis en particulier qui envahissait de bleu le petit jardin. C'est la première fois que je suis montée sur un cheval grâce à toi. Toutes ces images sont encore dans ma tête, la chambre de Duisans à trois lits où l'on bavardait jusqu'à l'aurore.
Brigitte, tu es donc un de mes meilleurs souvenirs d'enfance, une sorte de porte ouverte hors du quotidien et tu es entrée dans ma vie comme un bonheur nouveau et j'ai, pour toujours, envers toi, une immense gratitude. Nous nous sommes connues à Jeanne d'Arc d'Arras au cours de la classe de seconde où nous nous sommes trouvées côte à côte, au même pupitre. Tu étais externe et moi petite pensionnaire. Aussi, j'éprouve encore de la reconnaissance pour toi et ta famille : tes parents m'invitaient le Dimanche à midi et parfois même dès le samedi soir. Je m'échappais du pensionnat par un accord tacite et secret de la part de tout le monde.
Et quand tes parents sont allés à Rome pour leur anniversaire de mariage, j'ai été aussi de la fête, en voiture, entre les deux sœurs. Quel émerveillement ce grand voyage ! La découverte des plus grands musées, de la peinture italienne, le choc de la Vénus de Botticelli qui nous révélait le plus poétiquement qui pût être ce qu'était la Féminité, et puis la place St-Pierre, le pape à son balcon, sans oublier la fameuse cuisine italienne qui n'était pas encore courante en France, comme de nos jours.
A la faveur de cet anniversaire, je suis contente de te remercier de tout le bonheur que tu m'as apporté. Beaucoup de souvenirs heureux se rattachent à toi. Il n'en est aucun de triste.
Et pour couronner cela, nous sommes devenues - cela devait être écrit quelque part - car nous n'avons rien fait de calculé pour cela ! Bref, nous sommes maintenant les deux grands-mères de quatre magnifiques petits-enfants qui ont en eux un quart de chacun de nous. N'est-ce pas que le hasard peut être merveilleux ? Et tes enfants, je les aime un peu, beaucoup, comme si c'était les miens, en particulier Antoine qui est devenu mon beau-fils.
Buvons donc à ton anniversaire. Je te souhaite encore beaucoup d'années heureuses, je te remercie pour tout le bien que tu as pu faire autour de toi. Merci pour ta générosité.
